Profanes

Les trois tamis de Socrate

Un jour, quelqu’un vint voir Socrate et lui dit :
– Ecoute Socrate, il faut que je te raconte comment ton ami s’est conduit.
– Arrête ! Interrompit l’homme sage. As tu passé ce que tu as à me dire à travers les trois tamis ?
– Trois tamis ? dit l’autre, empli d’étonnement.
– Oui, mon bon ami : trois tamis. Examinons si ce que tu a as à me dire peut passer par les trois tamis. Le premier est de celui de la Vérité. As-tu contrôlé si ce que tu as à me dire est vrai ?
– Non ; je l’ai entendu raconter, et …
– Bien, bien. Mais assurément, tu l’as fait passer à travers le deuxième tamis. C’est celui de la Bonté. Ce que tu veux me dire, si ce n’est pas tout à fait vrai, est-ce au moins quelque chose de bon ?
Hésitant, l’autre répondit : non, ce n’est pas quelque chose de bon, au contraire …
– Hum, dit le Sage, essayons de nous servir du troisième tamis, et voyons s’il est utile de me raconter ce que tu as à me dire …
– Utile ? Pas précisément.
– Eh bien, dit Socrate en souriant, si ce que tu as à me dire n’est ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère ne pas le savoir, et quant à toi, je te conseille de l’oublier …

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Le poids de rien

Une mésange interroge une colombe :

– Sais-tu ce que pèse un flocon de neige ?

– Rien d’autre que rien… répond la colombe.

Alors, la mésange raconte un souvenir :

– Un jour, j’étais perchée sur la branche d’un sapin lorsque la neige s’est mise à tomber, à tomber. Ce n’était pas une tempête, oh non, mais une chute progressive, lente et majestueuse. Les flocons se posaient sur ma branche : on aurait dit un rêve blanc.

– Je me suis amusée à les compter ! Il en est tombé 3 751 952. Au moment où le 3 751 953e s’est posé, rien d’autre que rien, comme tu dis, la branche à cassé…

Sur ce, la mésange s’envole. Restée seule, la colombe, bien perplexe, se met à réfléchir. Depuis la nuit des temps, elle ne pense qu’à la paix, la paix dont elle est devenue le symbole… Hochant la tête, elle se dit alors :

– Il ne manque peut-être qu’une personne pour que tout bascule et que le monde vive en paix…

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Le miroir de la vie

Un jeune homme arrive avec son baluchon à la porte d’un village et pose la question :

Comment sont les gens ici ?

Le vieillard à qui il s’adresse lui répond :

Et dans ton village comment étaient-ils ?

Le jeune homme s’empresse de lui dire :

– Ils étaient gais, aimables, serviables, respectueux envers leurs épouses, ils partageaient toute ce qu’ils avaient avec celui qui n’avait rien, ils aimaient beaucoup les enfants…

– Tu les trouveras pareils ici !

Le lendemain, arrive au village un autre jeune homme, qui pose au vieillard la même question :

– Comment sont les gens ici ?

Le vieillard lui répond :

– Dis-moi comment ils étaient dans ton village.

– Dans mon village, les gens étaient menteurs, méchants, méprisants, avec les plus pauvres mais aussi avec les femmes, ils n’aimaient pas jouer avec les enfants, ils étaient gloutons, ivrognes, orgueilleux.

Le  premier jeune homme qui avait entendu la conversation du vieillard avec le nouvel arrivant, vient trouver le vieillard et lui demande pourquoi il lui a dit tout autre chose quand il lui a posé la même question.

– Quand dis-tu la vérité ?

– Je t’ai dit la vérité et j’ai dit également la vérité à l’autre jeune homme. Les hommes sont comme, toi tu les vois. Toi, tu es bon et souriant, les gens que tu rencontreras seront, à leur tour, bons et souriants avec toi. L’autre jeune homme est sans foi ni loi, ainsi seront avec lui les personnes qu’il rencontrera.

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Hiérarchisation des choses

Vous savez les hommes d’affaires, les chefs d’entreprise n’ont jamais beaucoup de temps :  ils ont un problème pour gérer leur agenda.


A l’occasion d’un séminaire, on a convoqué un vieux professeur d’économie qui est aussi un sage pour parler de ce problème de gestion du temps. Comme ces gens sont hyper pressés, on n’a donné à ce professeur qu’un quart d’heure pour tout expliquer.


Alors il se demande comment il va s’en sortir et il trouve une solution.
Il y a une table au pied de l’amphithéâtre où il va faire son exposé et sur la table il a mis un petit aquarium dans lequel il n’y a pas de poissons mais seulement de l’air.


Quand les hommes d’affaires arrivent pour ce quart d’heure, sans dire un mot, il commence par sortir calmement de sous la table une caisse de gros cailloux et les dispose un par un tranquillement dans l’aquarium de façon à ce qu’il n’y ait plus de place.


Il demande alors à ces hommes d’affaires : est-ce que ce grand bocal est plein ? Eux de répondre oui.
Alors de derrière la table il ressort du gravier, des petites pierres et il commence à les vider dans son bocal pour arriver à combler les vides du grand aquarium.

Il repose la même question : est-ce que le bocal est plein ? La plupart se doutent qu’il est plein et disent oui.
Mais sans rien dire une fois de plus, le vieux professeur ressort un sac de sable qu’il commence à verser entre les graviers et finit par combler tous les minuscules trous créés par les interstices du gravier.


Il pose la même question : est-ce que le bocal est plein ? Ils répondent tous ensemble non. Car ils se doutent qu’on peut encore ajouter quelque chose et effectivement il ajoute de l’eau.
« Là c’est vraiment plein leur dit le vieux sage ».


Puis il dit à ces hommes d’affaires : que croyez-vous que j’ai voulu vous montrer en faisant cette expérience ? 
Le silence se fait dans la salle et le vieux professeur se met à expliquer calmement.

« Les grosses pierres sont les tâches les plus importantes de votre vie : elles correspondent à votre famille à vos épouses, à vos enfants à vos parents frères et sœurs, votre santé, votre travail.
Les petites pierres sont le reste des tâches qui caractérisent votre vie : vos passions, vos entreprises, vos activités sportives ou humanitaires, vos obligations : le vote, les papiers administratifs, vos assurances, vos comptes et vos plans de retraite.
Le sable quant à lui rassemble toutes les petites taches agréables de la vie et nécessaires à votre bien-être : sortie en famille, en couple, entre amis, vos vacances, vos soirées, et quant à l’eau, seule chose qui puisse remplir complètement tous les espaces vides ce bocal et de plus pénétrer pleinement la pierre poreuse est pour certains, votre amour du prochain, et pour d’autres votre respect de l’humanité.


Voyez il y a plusieurs choses que j’ai voulu vous faire comprendre à travers cette si simple expérience : si j’avais mis en premier le sable puis les graviers puis les gros cailloux rien ne serai rentré comme il le fallait et l’harmonisation n’aurait pas été faite. Les gros cailloux auraient débordé du vase.
Dans votre vie vos tâches ont une priorité et vos gros cailloux sont à mettre en premier dans votre bocal.
A vous de voir quels sont les gros et petits cailloux de votre vie. »

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On devient soi-même en posant des choix

 En dépit des apparences, on ne devient pas adulte en grandissant physiquement, en prenant davantage d’ampleur, en s’approfondissant par la réflexion.

On devient soi-même avant tout en posant des choix et en prenant des décisions. C’est essentiellement dans l’acte de choisir que l’esprit humain s’affirme et s’incarne. Nos choix expriment la conscience que nous avons de nous-mêmes, et en même temps ils rendent possible cette prise de conscience.

En revanche, les gens qui ne choisissent pas, ou choisissent à moitié, demeurent dans la condition immature de suivre la musique qu’on leur joue. Ils dansent si quelqu’un leur joue de la flûte, et pleurent si quelqu’un d’autre décide qu’un chant de deuil est maintenant de circonstance. Celui qui n’est pas vraiment apte à se décider soi-même finira par s’apercevoir que son milieu, sa famille, ses propres goûts ou tout autre facteur extérieur à lui, usurpent la fonction que son esprit devrait assumer.

Des hommes ont lutté pendant des siècles contre l’esclavage, fermement convaincus que cette forme de contrainte imposée était un mal ; or aujourd’hui – quelle ironie ! – bien des gens consentent à un esclavage volontaire : celui de l’indécision.

John C. Haughey ( s.j. Should Anyone Say Forever, Chicago 1972 )

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Petites histoires profanes

« Que dire à un jeune de 20 ans »

Quand on a connu tout et le contraire de tout, quand on a beaucoup vécu et qu’on est au soir de sa vie, on est tenté de ne rien lui dire, sachant qu’à chaque génération suffit sa peine, sachant aussi que la recherche, le doute, les remises en cause font partie de la noblesse de l’existence.

Pourtant, je ne veux pas me dérober, et à ce jeune interlocuteur, je répondrai ceci, en me souvenant de ce qu’écrivait un auteur contemporain :

« Il ne faut pas s’installer dans sa vérité et vouloir l’asséner comme une certitude, mais savoir l’offrir en tremblant comme un mystère» .

A mon jeune interlocuteur, je dirai donc que nous vivons une période difficile où les bases de ce qu’on appelait la Morale et qu’on appelle aujourd’hui l’Ethique, sont remises constamment en cause, en particulier dans les domaines du don de la vie, de la manipulation de la vie, de l’interruption de la vie.

Dans ces domaines, de terribles questions nous attendent dans les décennies à venir. Oui, nous vivons une période difficile où l’individualisme systématique, le profit à n’importe quel prix, le matérialisme, l’emportent sur les forces de l’esprit.

Oui, nous vivons une période difficile où il est toujours question de droit et jamais de devoir et où la responsabilité qui est l’once de tout destin, tend à être occultée.

Mais je dirai à mon jeune interlocuteur que malgré tout cela, il faut croire à la grandeur de l’aventure humaine. Il faut savoir, jusqu’au dernier jour, jusqu’à la dernière heure, rouler son propre rocher.

La vie est un combat le métier d’homme est un rude métier. Ceux qui vivent sont ceux qui se battent.

Il faut savoir que rien n’est sûr, que rien n’est facile, que rien n’est donné, que rien n’est gratuit. Tout se conquiert, tout se mérite. Si rien n’est sacrifié, rien n’est obtenu.

Je dirai à mon jeune interlocuteur que pour ma très modeste part, je crois que la vie est un don de Dieu et qu’il faut savoir découvrir au-delà de ce qui apparaît comme l’absurdité du monde, une signification à notre existence.

Je lui dirai qu’il faut savoir trouver à travers les difficultés et les épreuves, cette générosité, cette noblesse, cette miraculeuse et mystérieuse beauté éparse à travers le monde, qu’il faut savoir découvrir ces étoiles, qui nous guident où nous sommes plongés au plus profond de la nuit et le tremblement sacré des choses invisibles.

Je lui dirai que tout homme est une exception, qu’il a sa propre dignité et qu’il faut savoir respecter cette dignité.

Je lui dirai qu’envers et contre tous il faut croire à son pays et en son avenir.

Enfin, je lui dirai que de toutes les vertus, la plus importante, parce qu’elle est la motrice de toutes les autres et qu’elle est nécessaire à l’exercice des autres, de toutes les vertus, la plus importante me paraît être le courage, les courages, et surtout celui dont on ne parle pas et qui consiste à être fidèle à ses rêves de jeunesse.

Et pratiquer ce courage, ces courages, c’est peut-être cela

« L’Honneur de Vivre »

Hélie de Saint Marc (Commandant, Résistant ; Grand Croix de la Légion d’Honneur…)

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Jeunesse sans voix, jeunesse sans joie

Un pays qui ne sait plus chanter perd son âme. Il perd sa flamme, son culte, sa foi..

« Défense de chanter »… Le règlement de police du Bois de Boulogne était formel sur ce point. « Avions-nous tord de dire, demandait déjà le père Doncœur, que lorsque d’un voyage à l’étranger on revient en France, on croit entrer dans une maison de vieillards ou de malades, les enfants doivent se taire ! Et d’ailleurs, où sont les enfants ? »

Le cœur se serre également devant ces jeunes générations qui virevoltent des nuits entières aux décibels de hurlements néolithiques servis par une électronique sophistiquée. Ce qui manque ici, c’est la vie, la joie, la communion. La fête en somme point.

Réapprendre le chant : c’est aujourd’hui vital. C’est la Tâche du scout. Donner l’ambiance, créer le style, non les subir au gré d’une sono criarde et anonyme. 
Réapprendre la fête : cette connivence réelle des âmes, ce clin d’œil de la vie, la vraie vie communautaire, indispensable à l’homme.
 » Rien qu’à entendre un chant villageois du 15ème siècle, on mesure la pente descendue  » constatait déjà Saint-Exupéry dans sa lettre au Général X.

Le chant ennoblit l’homme. Il qualifie le scout : une jeunesse, une joie, une hardiesse, une fraîcheur toute neuve.
C’est de cela qu’était fait l’âme française et c’est cela qu’elle mettait dans son chant.
Chants de beauté par les causes servies, par les sacrifices consentis, le courage et l’abnégation qu’ils évoquent.
Chant de marche, chant de marin ; belles et douces chansons des provinces, tendres balades de l’Ancienne France, gestes héroïques, joyeux récites, chants hardis de la guerre ou même chansons modernes au rythme léger et facile… 

Nous n’avons pas le droit de négliger un tel patrimoine.
La relève de la France se fera en chantant ou elle ne se fera pas.

Théophile C. (Routier Scout)

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