SOCIÉTÉ DU ZAPPING

Notre société ultra-rapide, et aux sollicitations multiples porte au zapping. Elle ne laisse pas de place pour approfondir et prendre le temps.

La télécommande est le symbole, par excellence, du zapping, d’une chaîne à l’autre. Elle a ouvert la voie à de nombreux autres.

Les multiples contenus proposés sur les plateformes de divertissement, que ce soit de la musique, des vidéos, des films, ou séries invitent à jongler de l’un à l’autre. D’autant que les derniers contenus sont mis en avant, et que des contenus convergents sont proposés, parfois en lecture automatique. 

Les outils numériques conduisent à une utilisation multitâche. L’interface utilisateur sur ces appareils permet de faire plusieurs choses à la fois : écouter de la musique, suivre les résultats de plusieurs matchs, et de faire ses comptes par exemple. Comme si faire une chose à la fois était une perte de temps, et ennuyeux. Pourtant de nombreuses études neuroscientifiques stipulent que cela réduit la performance, et finalement fait perdre du temps. Ainsi au nom de l’optimisation du temps ou du divertissement, le zapping triomphe. Mais toutes les choses sont-elles nécessaires ? 

La presse, les médias traitent les faits divers de manière isolée comme des événements imprévisibles sans causes. Ils ne sont que trop rarement associés ou analysés de manière phénoménologique. Car oui la somme de dizaines, voire de centaines de faits divers constituent un phénomène. Lorsqu’il s’agit de faits extrêmement graves, qui suscitent l’émoi et qui ont une retombée médiatique considérable, une enquête est menée. Mais les médias ne reviennent que rarement dessus et de manière superficielle. Ils sont passés à l’autre fait divers du moment ou à la crise en toile de fond. 

L’homme moderne a une propension à être toujours occupé dans sa vie et ses activités, à combler les trous, et à ne pas laisser de temps de flottement, d’espace pour explorer et créer.

Dans ce sens, le prophète-écrivain anglais Chesterton déclarait en 1930 : « Désormais quand les gens vont d’écrasement en écrasement et de foule en foule, ils ne découvrent jamais les joies positives de l’existence. Ils sont semblables à des hommes perpétuellement affamés, parce qu’ils ne digèrent jamais. »

Les relations sont souvent expéditives et superficielles qu’elles soient sentimentales, ou amicales.

Sur le plan sentimental, la culture ambiante invite à multiplier les expériences pour se découvrir et se faire plaisir. Les plates-formes de rencontre Tinder et Gleeden en sont les symboles. Symboles du zapping sexuel. 

Sur le plan amical, souvent les conversations en groupe reposent sur des sujets qui restent en surface. Comment vas-tu ? Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? Le nombre de relations n’aide pas à approfondir. L’exhortation ambiante à se faire un réseau pour développer son influence, et s’ouvrir des portes, privilégie la quantité sur la qualité des relations. Les SMS et Messenger favorisent une communication écrite en survol. Les réseaux sociaux invitent à la culture du nombre – d’amis, de followers, d’abonnés – et du buzz, détournant ainsi la relation de sa finalité et de sa fonction, et la rendant auto-centrée. 

Chesterton disait encore : « Si les hommes étaient honnêtes avec eux-même, ils s’accorderaient à dire que les liens sociaux véritables, même avec ceux qu’ils aiment, paraissent souvent étrangement brefs, sans souffle, contrariés ou sans conclusion. La société est une pure et simple façon de transformer les amis en connaissance, le vrai profit n’est pas de rencontrer nos amis, mais de les avoir rencontrés.

Il en va de même pour tout. Le vrai profit est-il de faire un maximum de choses, sans répit, ou d’aller au bout et au fond des choses ?

Ainsi, que ce soit dans nos activités, nos rencontres, le traitement médiatique, la vie ressemble à un immense divertissement.

Gabor

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