SOCIÉTÉ DE L’ARTIFICE

Aujourd’hui, la réalité n’est que trop sacrifiée sur l’autel de l’apparence.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les « pauvres » portent des marques, changent souvent de tenue, mettent beaucoup d’argent dans leurs chaussures, et ont le smartphone dernier cri.  Même les personnes à la rue sont équipées pour 70% d’entre eux de smartphone !!!! Sans doute parce que le smartphone permet beaucoup de choses et paraît indispensable. Pour les personnes aux faibles ressources, les vêtements renvoient une image positive d’eux-mêmes qui les rassurent, et masque leur précarité. Ces équipements sont perçus comme plus utiles que la culture, une nourriture saine, ou l’épargne. C’est une question de priorité.

A Paris, la ville Lumière, les édifices clinquants, aux couleurs fastes et chamarrées, manifestent l’éclat, l’opulence, alors que 2 millions de rats pullulent. D’innombrables devantures de magasins, de tours de sièges d’entreprises sont illuminés en permanence pour montrer leur existence et consomment de l’électricité sans interruption alors qu’on nous bassine qu’il faut éteindre la lumière, alors que des gens mendient, pour manger un quignon de pain, et n’ont pas d’endroit où reposer la tête.

Les Starlettes qui défilent sur tapis rouge, dans les strates et les paillettes aiment beaucoup s’illustrer par leur apparat. Ils s’expriment davantage par le paraître que l’être. Voilà ce qu’en pensait Baudelaire « Fiers mignons, malgré l’art des poudres et du rouge, vous sentez tous la mort, ô squelettes musqués, antinoüs flétris, dandy à faces glabres, cadavres vernissés, lovelaces chenus, le branle universel de la danse macabre, vous entraîne vers des lieux qui ne sont pas connus ».

Les discours politiques sont davantage des concours d’éloquence, des numéros d’équilibristes, ou des morceaux de flûte qu’autre chose. Les orateurs ne cherchent pas à dire la vérité, mais à occulter ce qui dérange, à se justifier devant le peuple et à rassurer.

La vie organique cède de plus en plus la place à la vie synthétique. Que ce soit le corps, la nourriture, les vêtements, la musique, pour ne citer qu’eux.

La nourriture n’est que trop souvent emballée dans des sachets plastiques, ou dans d’autres contenants après avoir été traitée, transformée, parfois boostée avec des hormones ou génétiquement modifiée, ou encore aromatisée et truffée de colorants.   

Les vêtements sont de plus en plus composés de fibres synthétiques pour leurs propriétés intéressantes ou uniquement pour leur prix bon marché. Le marché des chaussures en particulier où le synthétique a croqué des grosses parts à la matière organique comme le cuir ou le daim. Sans doute parce que le marché des baskets a explosé. Quand on sait que la matière synthétique est issue du pétrole, et que l’industrie textile est une des plus prospères, il y ‘a de quoi s’inquiéter pour l’environnement.

La musique proposée à la masse n’est bien souvent qu’un assemblage de sons prémâchés (les échantillons, les boucles) et lissés par une machine (par l’autotune, la masterisation). Le synthétiseur est l’instrument symbolique et éponyme de ce phénomène.

La cosmétique est un marché considérable, associé à la beauté mais qui est plus justement le marché de l’artifice : maquillage, rouge à lèvres, fond de teint, mascara sont les ingrédients pour enjoliver les visages, masquer les imperfections et ainsi tromper les apparences

Il en va de même pour le corps en général : arrangé, remodelé, plastifié avec du silicone, liposucé, pour changer son aspect, gommer les défauts, retirer du gras. 

Il en va de même pour la décoration intérieure, si souvent aménagée avec des matériaux d’imitation, que ce soit le bois, la brique, la pierre et le marbre pour une cheminée, du parquet, un mur, ou n’importe quel mobilier.

L’argent, l’économie sont artificiels : les banques centrales font tourner la planche à billet. L’argent est donc créé sur du vide et permet de prêter aux états, qui prêtent aux banques privées qui prêtent aux entreprises, aux particuliers pour investir et consommer. C’est la vie à crédit, et c’est totalement artificiel. Ainsi la vie, l’économie, quels que soient les indicateurs de performance s’appuient sur de l’argile. Quand bien-même l’économie d’un pays serait en bonne santé, cela n’empêcherait pas la dette de dépasser la richesse produite. Et un jour il faudra la payer.

Enfin, je crois que tout cet apparat, ces faux-semblants sont trompeurs. En cherchant l’éclat, le prestige et la beauté, pour être reconnu, admiré, ils manifestent l’opulence et l’indécence.  Ils masquent un vide intérieur. Quand ils croient exprimer la beauté, ces artifices ne sont qu’esthétique. Car « la beauté est la splendeur de la vérité ». Elle ne procède pas de l’erreur et du mensonge. En imitant, en travestissant la réalité, ces artifices mentent aux hommes.

Gabor

https://www.solinum.org/wp-content/uploads/2019/09/Pr%C3%A9carit%C3%A9-connect%C3%A9e-Etude.pdf

Fibres et tissus synthétiques

 

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