LA VIE PAR PROCURATION

Après l’innovation majeure de la télévision qui s’est immiscée dans les foyers, dans le salon puis s’est démocratisée en s’introduisant dans les chambres, une autre innovation majeure a vu le jour : l’ordinateur.

Pour le meilleur et pour le pire.

Mais c’est le développement d’Internet qui a donné toute sa mesure à l’ordinateur qui a révolutionné la vie de milliards de personnes en quelques années.

Si l’écran est plus petit que l’écran de télévision, l’ordinateur est encore plus captateur, attractif. Ce cerveau surpuissant permet d’augmenter sensiblement la vitesse des télécommunications, la vitesse de l’exécution des tâches et peut permettre ainsi d’augmenter la productivité. Il offre grâce à un accès Internet, à une jungle de données qui captent facilement notre attention et dont il est difficile de démêler le vrai du faux, le fiable du douteux.                                              Le décorum des ordinateurs, à la fois dans sa structure physique et son design interne, ont pour but de nous attirer comme des aimants. C’est neuro-ergonomique. C’est ainsi que l’ordinateur et ce qui gravite autour tel que les tablettes et les smartphones, nous dispersent.

Il y a 20 ans, presque personne n’utilisait cet outil, aujourd’hui plusieurs milliards, du fait de son accessibilité technique et financière. Il en va de même pour le smartphone, petit bijou de technologie qui a fait son apparition en 2010. Plus de 5 milliards en sont équipés aujourd’hui. [1] La population mondiale passe environ 7 heures par jour à la fois sur ordinateur et sur smartphone.[2]

L’usage de ces outils pour travailler, écrire, compter, faire des démarches administratives permet de gagner un temps considérable dans la mesure où on sait l’utiliser. Ainsi, on peut facilement se passer de l’indispensable autrefois : papier, stylo et livre physique. 

En effet, ils nous permettent d’aller à toute vitesse, en passant d’une fenêtre à l’autre en copiant collant, et en recherchant un mot clef en une fraction de seconde. Mais également de faire plusieurs choses à la fois, écouter de la musique, de faire ses comptes ou rédiger un texte, tout en suivant les résultats de plusieurs matchs. L’usage de ces outils n’est pas étranger à la compulsivité, car si dans la vie réelle les choses ne suivent pas ce rythme, on peut vite s’impatienter, s’agacer.

Ainsi, en plus de remplacer des activités telles que le sport, la lecture, la prière, cet outil a tendance à combler tous les trous, et transitions de la journée comme les toilettes et les transports en commun… Il vient aussi s’immiscer dans les repas, selon un usage individuel. Repas qui traditionnellement sont pourtant des moments de communion et de réjouissance collective. Ne parlons pas de ceux qui ont délaissé leur vie réelle pour une vie numérique avec des jeux vidéos de rôle et des séries à n’en plus finir.

En respectivement 20 ans et 10 ans, l’ordinateur et le smartphone se sont totalement imposés dans le paysage de notre société. Ceux qui ne les ont pas adoptés sont marginalisés : en atteste le passage au tout numérique, qui oblige à passer par Internet et ses supports pour faire ses démarches administratives, payer ses impôts. Ceux qui maîtrisent mal ces outils et ses mystères sont handicapés. Le numérique a donc crée des handicaps. Cependant, il accompagne aussi les handicapés qui ne peuvent pas se déplacer, les entreprises dans leur communication, leur vente, en particulier avec cette crise sanitaire.

Mais tout de même, ces outils se sont installés insidieusement, sans qu’on soit prévenu. Qui pensait il y a 20 ans, qu’on ne pourrait plus s’en passer ? Qui aurait cru que nous passerions sept heures par jour les yeux rivés sur un écran à quelques dizaines de centimètres de nos yeux. Qui aurait cru que ce serait la norme d’être équipé d’un ordinateur et d’un smartphone et que ceux qui n’en n’ont pas sont des OVNI ? Qui aurait cru que l’ordinateur, que le smartphone deviendrait une prothèse avec ses applications et logiciels qui accompagnent voire remplacent notre réflexion et notre mémoire.  

C’est ainsi que se pose la question de la réflexion et de la culture. Avec les appareils numériques, il est facile de croire qu’ils font tout le travail à notre place pour calculer, se retrouver dans l’espace, pour se souvenir de notre programme, pour avoir sous la dent n’importe quelle information. 

C’est oublier qu’il fait avoir une certaine culture et un esprit critique pour discerner ce qui est faux, de ce qui est juste, pour ne pas être totalement dépendant de ces appareils, et ainsi être rivé dessus en permanence ou démuni lorsqu’il n’y a plus de batterie ou Internet.

Enfin, ces outils sont à l’origine de problèmes de santé publique. Ce sont des barrières à l’endormissement par la lumière qu’ils génèrent et la spirale infernale dans laquelle ils peuvent entraîner.  Et nombreux sont les troubles ou les pathologies qu’ils occasionnent du fait d’une utilisation prolongée, à court ou plus long terme. Fatigue oculaire, générale, maux de tête, troubles musculosquelettiques, cyberdépendance et tant d’autres[3]. Une discipline dans l’utilisation de ces appareils et des mesures de précaution paraissent donc indispensables.

En définitive ces outils numériques à travers lesquels on écrit, on écoute, on voit, on vit, peuvent être d’excellents appuis.  Mais la vigilance doit être de mise pour ne pas vivoter avec eux, pour ne pas vivre à travers eux. Pour ne pas vivre par procuration.

[1] Samira, « Chiffres clés 2020 sur les utilisateurs internet, mobile et réseaux sociaux dans le monde (+ France) », Blog E-Works, 2020-02-18

[2] Sophie Amsili, Florian Maussion, « L’usage d’Internet dans le monde en cinq chiffres », Les Echos, 2019-02-09

[3]  Marysha Resh « 10 problèmes de santé causés par l’utilisation d’un ordinateur », Le Bien-Etre Pour Tous, 2019-08-21

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