LA PEUR DU SILENCE

Mon RER s’arrêta à Auber, et je me rendis à l’Eglise Saint Louis d’Antin, qui fait face à un temple commercial : Pinault Printemps, qui déborde de décibels néolithiques servies par une électronique sophistiquée. Une longue queue attend patiemment son tour  pour chiner, dénicher des bonnes affaires.

J’entre alors dans l’église où règne le calme et la sérénité. L’atmosphère jure totalement. Une minute après mon entrée, la messe commence. On sent que l’attention n’est pas la même, d’ailleurs, à côté c’est davantage une tension. On entend encore sporadiquement le brouhaha du temple voisin. Lorsque je regagne la sortie, la situation extérieure est la même : bruyante, futile.

Je me rendis ensuite pour effectuer mes achats moi aussi, en arpentant les rues , davantage dans le calme. Je jette mon dévolu sur Minelli puis André. La musique là aussi est omniprésente. Je souhaite en finir rapidement. Je suis quasiment le seul client, loin du troupeau de consommateurs. Mais j’en sui moi-même un, pour un temps. Il y a l’embarras du choix. Je réussis à dénicher rapidement des chaussures à mon goût et adaptées mais le choix est difficile car beaucoup me plaisent. Alors ma présence se prolonge tandis que la fièvre consumériste me gagne avec la musique tambourinante et sempiternelle, et le masque étouffant.

Je ne comprends pas qu’on impose à un client de la musique d’une telle intensité. Certes pour une fois la musique me plaît, mais je n’ai rien demandé.  Cette atmosphère est tourbillonante, elle gêne la concentration et compromet la réussite de mon achat ! Je parviens à choisir deux paires, sûr d’affaire réalisé une bonne affaire.

Alors plusieurs questions me viennent sur ces deux expériences. Qu’aurait dit mes grands-pères dans ces conditions ? Je crois qu’ils auraient pris leurs jambes à leur cou. Faut-il nécessairement de la musique pour que les clients se sentent attirés pour rentrer ou rester dans un magasin ? Faut-il nécessairement de la musique pour le personnel pour donner de la saveur à leur journée de travail ? En fait peut être qu’un peu de musique aurait du bon, ou simplement un fond sonore. Mais de la musique permanente dans laquelle on est immergée, non. Pourtant mélomane, j’étais gavé, car ce n’était pas vraiment de la musique mais du bruit.

Rien n’est mauvais en soi, mais tout excès dessert. On n’apprécie vraiment les choses que lorsqu’on les tempère.

Je crois que ce remplissage par le bruit et la musique est  révélateur d’une peur du silence dans notre société : la crainte de se retrouver seul face à soi-même, sa finitude, ses contradictions. C’est une fuite de la réalité. Pourtant le silence, ne serait-ce que par petites touches, permet d’écouter son âme, de se voir comme on est dans ses limites, de se recentrer, pour vivre l’instant présent, et se renouveler.

Gabor

4.2/5
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