NOUS SOMMES MALADES

Cher fils,

Je t’écris pour te parler de l’époque de malades dans laquelle nous vivons. Malades mentaux et malades spirituels.

Le monde et la France ont connu des périodes très difficiles, obscures où les lendemains étaient plus qu’incertains. Certaines civilisations parmi les plus brillantes se sont effondrées, d’autres ont survécu, et se sont adaptées à leur époque.                                                                                                                        Mais l’Histoire s’est récemment accélérée, grâce ou à cause de certaines révolutions. Et cela menace furieusement la survie de notre civilisation.

Il faut dire que les progrès techniques fulgurants depuis la révolution industrielle au XIXème siècle ont profondément transformé la société. Ils ont changé le rapport au travail, au temps, le niveau de confort, et ont crée des millions d’individus déracinés par l’exode rural. Les conditions de confort se sont considérablement accrus et ont un dégagé un temps très conséquent pour consommer et se divertir. La création d’un travail segmenté et cérébral a fait perdre la dimension pratique ou aboutie d’un travail. L’évolution des moyens de transport a décuplé la vitesse de déplacement et a engendré des citoyens du monde hors-sol épousant un modèle cosmopolite et sans-frontiériste.

Ces bouleversements techniques ont accouché d’une société de consommation. Celle-ci a favorisé l’individualisme, l’hédonisme, a amoindri la solidarité, le sens de la famille. Une vision du monde davantage tournée vers le plaisir à tout prix, la thésaurisation, et le court terme, a pris le pas sur une vision à long-terme, la gratification différée, et le sens du sacrifice. Mais cette cette vision de la vie est aussi le contre-coup de deux guerres mondiales qui aura lassé, dégoûté du sacrifice, d’une construction lente, et noble qui peut être détruite en un jour. C’est une véritable révolution culturelle digne du communisme qui s’est opérée.

C’est sans compter sur la révolution numérique qui poursuit sa course depuis une vingtaine d’années. Elle a donné un libre accès à des données illimitées et de moins en moins fiables qui a engendré une « culture Internet » populaire et sans racines locales, une culture du buzz : celle de l’immédiateté et du spectacle. Cela a provoqué une désappropriation de la culture de ses ancêtres, de son pays, et a favorisé l’ascension d’idéologies.

C’est sans compter aussi sur le phénomène de déchristianisation de l’Occident qui a contribué au déracinement de la population, de ses repères culturels et a permis toutes sortes d’idéologies mortifères de prendre pied.

C’est ainsi que ces révolutions industrielles, technologiques, numériques et culturelles ont nivelé notre pays vers la bas, lui ont fait perdre sa transcendance au profit d’une immanence désincarnée, par les biens de consommation, le virtuel, et l’oubli de son identité propre.

Tu sais, tu peux te tenir à l’écart de ce tourbillonnement et de cette cacophonie. Tu n’es pas obligé de participer à ce grand chambardement qu’on cherche à nous imposer, et qui amène vers des lendemains plus qu’incertains et obscurs.  Je t’invite simplement à t’installer à la campagne, à cultiver ton jardin, à boire des coups avec tes voisins, échanger tes biens, te laver avec un sot d’eau froide, lire des ouvrages pour t’élever, à te recentrer sur l’essentiel, pour te réapproprier ta vie et la réenchanter.

Gabor

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